Au travers de cette partie, nous allons aborder la thèse selon laquelle la note engendrerait une obsession du classement et ainsi une spirale menant l’élève à l’échec. En effet le système de notes et la notation en générale présente dans son ensemble deux problèmes majeur, à savoir :
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Ses caractères subjectifs nuisant à l’interprétation et sa capacité à évaluer des compétences
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Ses répercussions négatives sur l’élève aussi bien moralement, psychologiquement que physiquement
Selon sa définition Larousse, une note est une appréciation écrite faite par un supérieur sur la valeur de quelqu’un, de sa conduite, de son travail, etc. Notation, en particulier lettre ou chiffre correspondant à un barème établi pour apprécier un travail scolaire. Pouvons-nous réellement affirmer qu’encore aujourd’hui les notes représentent la valeur d’un travail ? Et quelle est la valeur de la note par rapport aux élèves ?
Ainsi la note se positionne en tant qu’échelle universelle de la réussite et ne laisse nullement place aux doutes concernant les compétences et les capacités d’un individu. Intéressons-nous aussi au fait que la définition indique qu’une note puisse avoir les compétences de juger quelqu’un, ce qu’il est, sa « valeur », est il possible d’évaluer une personne en fonction de ses résultats ?
Si la note à l’objectif initiale et principal d’incarner une certaine référence objective des capacités et du travail de quelqu’un, beaucoup de facteurs doivent être pris en compte pour cerner une note et ce qu’elle vaut vraiment.
l’express
Tout d’abord, personne n’a la même manière d’analyser quelque chose et réciproquement de le comprendre, personne n’a les mêmes aptitudes et cette course à la meilleure note ne rime à rien. Faire reposer l’apprentissage sur le mérite sous-entend que tout le monde arrive avec les mêmes chances et que la seule manière de sortir du lot, c’est de travailler. Or beaucoup de facteurs peuvent faire pencher la balance vers un élève plutôt que vers un autre :
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Capacités et handicaps (ou même simplement un élève en difficulté)
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Image de l’élève par son professeur (selon l’affinité et le comportement en classe)
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Classe sociale et intérêt des parents pour la scolarité de leur enfant
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Accès à des cours particuliers (en effet selon libération on compte deux fois plus d’enfants d’artisans, de commerçants, de cadres ou ceux dont les parents exercent une profession libérale que d’enfants d’agriculteurs. Plus de 13% contre 5%)
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Investissement des parents qui s’intéressent et poussent globalement leurs enfants vers la réussite.
Alors comment peut-on noter de la même façon tant d’élèves si différents ? On peut ainsi noter qu’elles dépendent trop souvent du correcteur, une copie lue par différents professeurs peut présenter une note très différente. Les notes ne seraient donc pas assez objectives.
Aujourd’hui, cette distance entre les classes sociales, supposément évincées par les lois Ferry en 1881 qui ont accordé le droit d’accès à une éducation gratuite pour tous, s’est au contraire déplacé vers une autre sorte d’écart, en effet bien que toutes les écoles suivent un même programme, l’environnement, les fréquentations, le soutien financier et moral de la famille peuvent largement jouer sur les résultats.
Un autre problème se pose. La note s’est tellement encrée dans les mœurs qu’elle est devenue plus importante que l’apprentissage en lui-même. En effet, les élèves vont plus ou moins s’investir en fonction de si le devoir est noté ou pas ou de son coefficient dans la moyenne. Ainsi, elle n’est perçue que comme une sanction ou une récompense selon le résultat attendu et ne favorise plus la progression de l’élève.
Ainsi, les leçons apprises « par cœur » ont pris la place des leçons comprises. Désormais, il suffit de mémoriser mot pour mot un texte pour obtenir une note excellente, même si la plupart du temps, l’information non comprise sera vite oubliée ainsi l’élève aura une bonne note, elle sera confondu avec la compréhension et il pensera avoir compris quelque chose qu’il n’aura qu’appris. L’école ne sert plus de « tremplin » logique vers la connaissance mais incarne une sélection par l’échec. En France, plus en avance dans le cursus scolaire, plus les élèves sont évalués par l’échec. On comptabilise plutôt les fautes que les progrès. Ceux qui obtiennent de bons résultats ne le verront que peu, mais ceux qui ont de difficultés se sentiront constamment stressés, démotivés et finiront par décrocher, leurs efforts ne seront jamais vraiment mis en lumière. Ils préfèrent d’ailleurs éviter de répondre à une question plutôt que de se tromper. La confiance en soi est considérablement réduite. Mais alors pourquoi la France persiste-t-elle dans cette culture de la négativité ?
En effet d’après le psychologue cognitiviste Bernard Weiner, la motivation dépend également de l’estime de soi et avoir de mauvaises notes impacterait considérablement sur celle-ci ce qui empêcherait toute éventualité de progression
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Si l’élève attribue le succès à son intelligence et à ses efforts : il ressentira un sentiment intense de fierté et sera amené à se motiver à réaliser des tâches similaires voir plus difficiles.
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Si l’élève attribue le succès à la facilité de la tâche : il n’a aucun moyen d’évaluer ses capacités. Il peut donc plus facilement craindre l’échec et ne pas trouver la motivation.
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Si l’élève attribue l’échec à un manque d’intelligence : un sentiment négatif comme la honte peut l’empêcher de recommencer cette tâche.
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Si l’élève attribue l’échec à un manque de travail : il a l’espoir de pouvoir faire mieux et pourra recommencer avec une meilleure motivation.
C’est pour cela que la mauvaise note, lorsqu’elle est acquise par soucis de compréhension ou de doute de soi-même ne permettra pas de progression, bien au contraire, l’élève ne sera pas mis en confiance et ne s’en sentira définitivement plus capable.
Lorsque la mauvaise note est perçue comme une sanction, les élèves ont recours à la triche et à ce qu’on appelle la marchandisation. Ainsi, le système éducatif perd tout son intérêt d’évolution et d’apprentissage, c’est la bonne note ou rien !
Alors les élèves préfèrent risquer une sanction, souvent d’ailleurs au niveau d’une note (un zéro dans la moyenne représenterait cette sanction, ce qui prouverait encore que la note ne veut rien dire face à l’apprentissage de l’élève et qu’elle ne représente qu’une sanction).
Selon une étude sur les facteurs de fraude aux examens menée auprès d’environ 1815 étudiants inscrits dans une université pluridisciplinaire française par les chercheurs Pascal Guibert et Christophe Michaut en 2010, quelque 70,5% des étudiants français avouent avoir triché lors de leur scolarité. C’était la première fois que l’ampleur de la tricherie avait été évaluée scientifiquement et celle-ci est apparu comme massive. C’est au collège et au lycée que les taux de fraudes sont les plus importants. Les collégiens et lycéens en désir de réussite préfèrent risquer une punition plutôt que d’avoir une mauvaise note, une note qui risquerait d’impacter leurs dossiers scolaires et donc l’entrée dans de bons établissements et ainsi indirectement leur avenir. Il ne s’agit plus de comprendre et d’apprendre mais de réussir et d’avoir de bons résultats.
Au niveau de l’université, une étudiante BAC +6 en médecine explique « J’ai triché parce que les connaissances à avoir étaient trop denses, indigestes». Ici, c’est la quantité de travail qui est remise en cause, les élèves n’ont plus le temps de tout comprendre et se doivent de travailler dans l’urgence et pour cela, la triche parait être une des manières les plus simple d’obtenir de bons résultats.
Un nouveau fléau fait son entrée dans les salles de classe, les élèves se mettent à payer leurs professeurs ou d’autres élèves pour obtenir de bons résultats. C’est la marchandisation de l’éducation, aucun bénéfice culturel n’en est tiré, seulement une bonne note. Mais si aujourd’hui l’apprentissage n’a plus d’importance aux yeux des élèves l’école en elle-même n’est plus perçu de la même manière. Elle incarne un lieu ou les élèves sont rivaux, stressés, obnubilés par leurs résultats et non un lieu où ils auront la chance d’accéder à l’acquisition de nouveaux acquis. Mais si même l’école n’incarne plus un lieu d’apprentissage alors où les élèves sont susceptibles d’apprendre sans contraintes ?
Pierre Merle, sociologue spécialisée dans l’évaluation des élèves, exploite ce concept de lieux angoissant est stressant que cultive l’école et notamment par la relation qu’entretiennent les élèves entre eux. Il explique que les notes encouragent une hiérarchie entre les élèves, séparant les « bons » et les « mauvais ». L’élève abonné aux mauvaises notes trouvera ses capacités à apprendre largement réduites en étant confronté à de bons élèves qui inconsciemment le rabaisseront. En étant catalogué comme mauvais élèves par les autres et ses professeurs, il va lui-même trouver ses capacités à réussir réduite. Il ne s’agit plus d’être capable, mais de s’en sentir capable. Un exemple simple, un élève catalogué mauvais en mathématiques sera dans l’incapacité de réaliser une figure géométrique dans le cadre de la matière, mais l’exécutera sans problème inconsciemment en cour de dessin.
Beaucoup de parents cultivent cette atmosphère stressante, obsédés par les bonnes notes de leurs enfants. Nous avons réalisés un sondage en novembre dernier dans notre établissement scolaire privé, au niveau du lycée dans quatre classes, une de seconde générale, deux de première, une économique et sociale et une scientifique et enfin, une terminale littéraire regroupant au total 143 élèves. Nos résultats nous permettent d’affirmer que 42% des élèves interrogés s’avouent sous pression et 46% occasionnellement. Les principaux facteurs semblent être à 79% les notes, 63% les examens et 55% la question de leur avenir. Le sondage nous a aussi permis de voir que sur les élèves interrogés seulement 22% se disent motivés à aller en cour par volonté d’apprendre de nouvelles choses.

Certains professeurs et certains parents ont une théorie sur la mauvaise note selon laquelle si elle est mauvaise elle est due à un manque de travail. Selon notre même sondage, les parents représentent pour 24% des élèves un facteur de pression et les enseignants 29%.
Ils sous-entendent ainsi que l’élève montrerait un désintéressement totale en ce qui concerne l’apprentissage en lui-même et ne fournit ainsi aucun effort.
Pourtant la « Neurocuriosité », l’étude du circuit par lequel nous faisons attention à la nouveauté, prouve que lorsque le cerveau humain intègre de nouvelles informations, un signal appelé flash de dopamine assure leurs communications, le même flash qui est présent lors de la consommation de drogue ou lorsque la personne éprouve simplement du plaisir, ainsi la curiosité et l’apprentissage de nouvelles choses représente une drogue pour le cerveau humain. Le désir d’apprendre constituerait ainsi un besoin presque vital ! Pourquoi les élèves ne s’intéresseraient ils alors pas à ce qu’on leur apprend ?
Simplement parce que l’apprentissage est passé au second plan, après la note dans l’ordre d’importance. L’élève ne perçoit plus l’école comme un lieu d’apprentissage. On peut ainsi deviner ce que peut représenter une bonne note pour un élève, un plaisir aussi proche de celui que procure la prise de drogue. Alors il est logique de considérer que la mauvaise note effectuera elle l’effet inverse et démoralisera l’élève.
La culture de la note basée sur la sélection par l’échec entraînerait même des symptômes psychologiques et physiques.
En effet, la comptabilisation de maladies et troubles liées à l’école n’ont jamais été aussi nombreux qu’aujourd’hui, phobies scolaires, angoisses généralisées, complexes d’infériorité liés au classement, dépression menant parfois au suicide…
Selon une étude menée par Boris Cyrulnik en 2011, 16% des enfants de moins de 13 ans ont déjà songé à la mort pour mettre fin à leur stress lié parfois à l’école.
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Cette pression scolaire entraîne des dépressions, des angoisses, et des insomnies. Un adolescent devrait, pour ne pas être fatigué, dormir en moyenne de huit à dix heures par nuit, le stress lié à l’école provoque les insomnies, la fatigue entraîne des problèmes de concentration qui à nouveau entraîne de mauvais résultats qui nécessitent plus de temps de travail et mis en parallèle avec une angoisse permanente provoque à nouveau des insomnies qui deviennent une part constante du quotidien de l’élève, c’est un cercle vicieux.
Ainsi, les élèves retrouveront chez eux cette atmosphère stressante que cultive l’école. Si la mauvaise note peut représenter une douleur pour l’élève, selon la fondation du sommeil, un état de grande fatigue va abaisser le seuil de tolérance à la douleur provoquant une susceptibilité chez l’élève et le rendant moins réceptif à encaisser une mauvaise note et à en tirer parti.
Dans le cas où l’élève est dépassé par ses résultats et les prend trop personnellement, il peut se plonger dans un état dépressif sévère. En effet selon le site explicatif de la maladie de dépression, www.dépression.fr , la dépression est un problème sérieux qui a un impact sur tous les aspects de la vie d’un adolescent. « Si elle n’est pas traitée, la dépression chez un jeune peut conduire à des problèmes à l’école et à la maison ». Les mauvaises notes, si l’élève les prend trop à cœur, entraînerait ainsi un désintéressement total de l’apprentissage en lui-même.
Certains ont même développé des phobies scolaires, une situation à travers laquelle un jeune est dans l’incapacité d’aller à l’école pour des raisons irrationnelles. C’est un symptôme correspondant à des causes extrêmement diverses. Cependant, il ne s’agit pas d’un manque d’intérêt pour l’école ni d’un refus d’apprendre. Les symptômes et conséquences diffèrent selon les cas, mais cette phobie provoque généralement des tremblements, des sueurs froides, des crises de tétanies et de paniques.
Ainsi en plus de ne pas semblait juste et objective la note incarnerait pour les élèves un but malsain qui évincerait progressivement la notion d’apprentissage et d’entraide favorisant la compétition et l’angoisse générale. Les mauvais élèves, démoralisés, se retrouvent dans un cercle vicieux qui les empêche non seulement de progresser, mais aussi de croire en eux.
Cependant, est-il possible où même envisageable de supprimer la note ? N’est-elle pas finalement irremplaçable malgré ces défauts ? Existe-t-il réellement des raisons valables de la disparition des notes ?